Elle avait tant et tant de rêves à vivre. Et si peu l'envie de rêver.
_____ Ma morne existence dans cette vie, alimente ces secondes indéfiniments distendues quand je vacilles à la limite du supportable. Les mots noués dans ma gorge. Les longues heures spacieuses où je vais et viens, fouaillée par les questions qui pertubent mon soliloque.Ecartelé. Pris dans une bourrasque qui te jette brutalement en pleine crise d'adolescence, ajoute maintes questions à celles que tu te posais déjà, fait soudain se craqueler ton enfance. Tourments. Fissures. Le sentiment que la vie n'a qu'une seule face et qu'elle est sombre. Ainsi l'ennui. Comme si une sorte de grisaille s'était déposée sur les êtres et les choses, avait tout envahi. L'impossibilité de participer. De t'intéresser à toi-même et à ce que sera ton avenir. Il t'apparaît ô combien vain de travailler, de lutter, de faire tant d'efforts, puisque la mort pourrait t'abattre d'une seconde à l'autre et que tout pour toi s'effondrera un jour. Ainsi les humiliations. Des injures et des menaces qui créent des ravages. Ce besoin de blesser, d'écraser, de t'atteindre au plus profond, de lacérer ton être, de plonger la lame à l'intime de ta pulpe. Après, pendant des jours, la blessure saigne, tu ne peux penser à rien d'autre, tu es incapable de parler. Une blessure qui te souille, et qui, en te dépouillant de ta dignité, t'as persuadé que tu étais un minable. Ainsi les coups de cafard. Des éboulements à l'intérieur de l'être. Rien ne semble plus possible. Une seule issue : renoncer, déposer les armes. Ces jours où tu broies du noir. Où hébété de souffrance tu ne comprends rien à rien. Où ta vie de jeune te paraît littéralement insupportable. Ainsi les révoltes. Mais des révoltes étouffées. Car tu as très tôt compris que si tu te dressais pour dire non, tu serais brisé, et que ta vie ne serait qu'une infernale descente aux enfers. Des révoltes qui vont jusqu'à te donner des envies de meurtre, mais que tu réprimes avec violence de peur qu'un jour elles ne te poussent à commettre un acte inconsidéré. Puis quand le calme revient, ce désir de fuite, de partir loin, de marcher sans fin sur les routes ...
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Tu vis de tels bouleversements, te trouves jeté dans un tel chaos, que bien souvent, tu côtoies la folie. Parfois tu souffres tant que pour tenter de ne plus souffrir, tu cherches à verrouiller ta sensibilité, saccager en toi la source des émotions. Tu as perdu l'appétit et tes muscles se sont mis à fondre. Tu n'es plus que l'ombre de toi-même, et le peu d'énergie dont tu disposes, tu l'emploies à cacher ton désarroi, essayer de paraître à peu près normal. Plus tu t'enfonces, plus tu te retires dans le silence et la solitude. A aucun moment l'idée ne te vient de demander aide à quelqu'un. Si même une pareille idée t'avait effleuré, tu l'aurais repoussée. Insupportable à toi-même.Tu n'as plus aucun désir, et rien ne t'intéresse. Suffoquant à la pensée de ces jours qui s'étendent devant toi. N'étant plus que douleur, en permanence le besoin d'en finir ...
( Passages du livre magnifiquement écrit, fabuleusement extraordinaire : Lambeaux de Charles Juliet, que j'ai connu en 1ère.
) Lucie.R